Deux femmes en conversation autour d'un dîner partagé, plats généreux au centre de la table

Minceur douce

Pourquoi les nutritionnistes déconseillent encore le régime Dukan

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Il y a une quinzaine d’années, il était partout : dans les magazines, sur les tables de nuit, dans les conversations de bureau. Tout le monde connaissait quelqu’un qui l’avait fait, et tout le monde connaissait aussi quelqu’un qui avait tout repris. Le régime Dukan a marqué une génération entière — et c’est justement pour ça qu’il mérite qu’on regarde ce qu’il en reste aujourd’hui.

Parce que la question n’est pas de savoir s’il fait maigrir : il fait maigrir, comme la plupart des régimes très restrictifs. La question est de savoir pourquoi, après tant d’années et tant de témoignages, les professionnels de santé continuent de le déconseiller. Pour le situer parmi les autres, les grandes familles de régimes pour maigrir se départagent une à une ; le Dukan appartient à celle des protéinés, dans sa version la plus structurée.

Les quatre phases, en clair

Le protocole se distingue par son architecture, très cadrée, qui explique une bonne part de son succès : à chaque étape, on sait exactement quoi faire.

La phase d’attaque ne laisse passer que des protéines pures — viandes maigres, poissons, œufs, laitages à 0 %. Elle dure de deux à sept jours et produit une chute de la balance spectaculaire, qui accroche immédiatement.

La phase de croisière alterne les journées de protéines pures et les journées où les légumes reviennent. On la poursuit jusqu’à l’objectif, ce qui peut représenter plusieurs mois.

La phase de consolidation réintroduit progressivement fruits, pain complet, fromage et féculents, avec deux repas libres par semaine. Sa durée se calcule à partir des kilos perdus.

La phase de stabilisation, enfin, se veut définitive : trois règles à tenir à vie, dont une journée de protéines pures chaque jeudi et une consommation quotidienne de son d’avoine.

Sur le papier, c’est cohérent : le protocole prévoit une sortie, ce que la plupart des régimes express ne font pas. Dans les faits, la dernière phase est celle que presque personne ne tient.

Pourquoi ça descend si vite au début

Rien de mystérieux, et c’est important de le savoir avant de s’emballer.

En supprimant totalement les glucides pendant la phase d’attaque, on vide les réserves de glycogène du foie et des muscles. Or chaque gramme de glycogène est stocké avec environ trois grammes d’eau : cette eau part, et la balance le montre dès le deuxième matin. Ajoutez la satiété réelle qu’apportent les protéines, et l’apport calorique chute sans qu’on ait rien compté.

Les deux à trois kilos de la première semaine ne sont donc pas de la graisse, ou très peu. La perte réelle vient ensuite, plus lentement — et c’est précisément à ce moment que beaucoup se découragent, parce qu’ils ont pris le rythme initial pour la norme.

Ce que reprochent les professionnels de santé

Les critiques ne portent pas sur l’efficacité à court terme, qui n’est contestée par personne. Elles portent sur trois autres points.

Le déséquilibre nutritionnel

Des journées entières sans fibres, sans fruits, sans féculents et sans matières grasses ne correspondent à aucun repère nutritionnel. Constipation, fatigue, mauvaise haleine et carences potentielles suivent logiquement. L’Anses, dans son évaluation des pratiques d’amaigrissement, a documenté pour ce type de régimes des conséquences osseuses, rénales, cardiaques, comportementales et psychologiques, et déconseille d’entreprendre un régime amaigrissant sans prise en charge spécialisée hors indication médicale.

Le rapport à l’alimentation

C’est le reproche le plus profond. Un protocole qui classe les aliments en autorisés et interdits, avec des listes précises et des journées de rachat, installe une logique de contrôle permanent. Or plus un aliment est interdit, plus il devient désirable : c’est l’effet le mieux documenté des régimes restrictifs. Chez des personnes déjà fragiles sur ce terrain, ce cadre peut faire beaucoup de dégâts.

La reprise de poids

La phase de stabilisation demande de tenir des règles précises à vie. Dans la vraie vie, un jeudi protéiné se heurte à un déjeuner professionnel, à un anniversaire, à un déplacement. Au bout de quelques mois, la règle saute — et avec elle, l’édifice. La reprise n’est pas un accident du protocole : c’est ce qui arrive quand un cadre exige une vigilance permanente sans jamais l’alléger.

À noter également, pour situer le contexte : Pierre Dukan a été radié de l’Ordre des médecins en 2014. Cela ne dit rien de la valeur nutritionnelle du régime en soi, mais explique une partie du recul institutionnel dont il fait l’objet.

Ce qu’il a apporté malgré tout

Soyons justes, parce que balayer d’un revers de main n’aide personne.

Le Dukan a popularisé deux idées qui ont bien vieilli. La première : les protéines rassasient, et une alimentation qui en contient suffisamment se tient beaucoup mieux qu’une autre. La seconde : un régime doit prévoir sa sortie. Rares étaient les méthodes grand public qui prenaient cette question au sérieux avant lui.

Le problème n’est donc pas l’intention, mais l’exécution : une restriction trop forte au départ, et une sortie qui repose sur une vigilance à vie plutôt que sur des habitudes devenues naturelles.

Alors, faut-il le faire aujourd’hui ?

Posons la question autrement : qu’est-ce que vous saurez faire dans six mois que vous ne savez pas faire aujourd’hui ?

Si la réponse est « suivre une liste », le bénéfice s’arrêtera le jour où la liste s’arrête. Si vous cherchez malgré tout un cadre protéiné, une version plus souple — davantage de protéines, beaucoup de légumes, moins de produits ultra-transformés, aucun aliment banni — apporte l’essentiel du bénéfice sans le prix à payer.

Et si vous avez déjà fait le Dukan une fois sans que rien ne tienne, le refaire à l’identique n’a aucune raison de produire un résultat différent. C’est peut-être la sortie, pas le régime, qui mérite qu’on s’en occupe.

Questions fréquentes sur le régime Dukan

Combien de kilos perd-on avec le régime Dukan ?

La phase d’attaque fait souvent chuter la balance de deux à trois kilos en quelques jours, mais l’essentiel correspond à de l’eau libérée avec le glycogène. La perte de masse grasse s’installe plus lentement pendant la croisière. Le chiffre final dépend surtout de la durée pendant laquelle le protocole est tenu, et de ce qui se passe ensuite.

La phase d’attaque est-elle dangereuse ?

Pour une personne en bonne santé, quelques jours de protéines pures ne provoquent pas de dommage démontré, mais l’inconfort est réel : fatigue, constipation, haleine altérée. En revanche, en cas d’atteinte rénale — parfois ignorée —, de problème hépatique, de goutte ou de diabète traité, cette phase est déconseillée sans avis médical.

Faut-il vraiment manger du son d’avoine tous les jours ?

C’est une règle du protocole, censée apporter des fibres et de la satiété. L’idée d’ajouter des fibres est bonne en soi, mais rien ne rend cet aliment irremplaçable : légumes, légumineuses et céréales complètes remplissent la même fonction avec bien plus de variété.

Pourquoi le jeudi protéiné ne tient-il pas ?

Parce qu’il demande une vigilance permanente, sans fin, dans une vie qui comporte des déjeuners professionnels, des invitations et des imprévus. Une règle qui doit être défendue chaque semaine pendant des années finit statistiquement par céder. Ce n’est pas une question de volonté mais de conception.

Peut-on faire le Dukan en étant végétarien ?

Très difficilement dans sa version d’origine, qui repose massivement sur la viande, le poisson et les laitages à 0 %. Les sources végétales de protéines — légumineuses, tofu, céréales complètes — apportent aussi des glucides, ce que le protocole écarte. L’adapter revient à en changer la nature.

Existe-t-il une alternative plus douce ?

Oui, et c’est même ce que retiennent la plupart des diététiciens : augmenter la part des protéines à chaque repas, garder les légumes en quantité, réduire les produits ultra-transformés, sans interdire aucun aliment ni imposer de journée de rachat. Le bénéfice sur la satiété est comparable, la sortie ne se pose plus dans les mêmes termes.

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